Dans la mythologie grecque, l’ambroisie est la nourriture des dieux, dans la réalité, elle représente aujourd’hui un fléau pour les être humains ! Non seulement l’ambroisie infeste un grand nombre de territoires, mais elle s’avère de plus, très allergisante. Menaçant tant la biodiversité que la santé publique, cette plante herbacée est désormais dans le collimateur des pouvoirs publics. D’une part, la lutte contre cette mauvaise herbe est inscrite dans le 2ème Plan National Santé Environnement (PNSE2 – 2099-2013), d’autre part, un comité de suivi du risque ambroisie a été créé le 13 avril.

 

Une plante annuelle qui se développe en buisson :

 

            L'ambroisie à feuille d'armoise (Ambrosia artemisiifolia L.) fait partie de ce que l'on appelle couramment « les mauvaises herbes ». Elle est de la même famille que le tournesol (Asteracées ou Composées). Sa morphologie se transforme au cours de son développement pour donner, au moment  de la floraison, un buisson qui peut atteindre plus d'un mètre de haut.

Germination

A sa naissance, l'ambroisie montre deux cotylédons arrondis puis deux vrais feuilles, opposées, d'un beau vert franc, découpées en 3 à 6 folioles.
Elle peut facilement être confondue avec d'autres plantes sauvages ou cultivées.

Morphologie de la plante adulte :

FEUILLES : Larges, minces, très découpées, elles sont du même vert sur chaque face, ce qui distingue la plante de l'armoise. Les feuilles, larges et opposées à la base des tiges, deviennent plus étroites et alternes vers le sommet.

TIGE : Dressée, d'une hauteur de 30 à 120 cm (70 cm en moyenne). Elle est souvent rougeâtre et velue.

Très ramifiée à la base, elle donne à la plante un port en buisson d'autant plus large que la plante dispose d'espace.

FLEURS : les fleurs mâles sont groupées en longs épis bien visibles. Elles constituent l'essentiel de l'épi, regroupées dans de petits capitules en forme de cupule renversée, rattachée à l'épi par un pétiole. Un épi comprend de 20 à 50 capitules. Les fleurs mâles, à maturité, libèrent le pollen

ç fleur mâle

Les fleurs femelles sont très discrètes, insérées à l'aisselle des feuilles à la base des épis, isolées ou groupées par deux.                                             è

Deux longs stigmates filamenteux surmontent l'ovaire de chaque fleur femelle.

   Fleur femelle è

Après fécondation par le pollen, chaque fleur donne un fruit è appelé akène.

GRAINES :

Chaque akène contient une seule graine.
Il est muni de 5 à 6 épines. La graine ne se sépare jamais de l'enveloppe.

Elle germe au printemps après que le froid de l'hiver ait fait disparaître sa dormance.

Disséminée essentiellement par l’homme :

 

            Les graines d'ambroisie ne sont pas pourvues des dispositifs habituels permettant leur transport par le vent et leurs épines ne leurs servent pas à s'accrocher au pelage des animaux.

 

            Par contre, elles peuvent être entraînées par l'eau et elles collent parfaitement à la terre transportée par les semelles des souliers, les pneus des camions et tracteurs, et tous les engins qui travaillent le sol.

 

            Les transports de terres contaminées contribuent fortement à la dissémination des graines. Les machines de récolte agricole jouent aussi un rôle lors de la récolte de cultures contenant de l'ambroisie.

 

            De plus, en retournant la terre soit pour cultiver, soit lors de chantiers, l'homme fait remonter des graines d'ambroisie en surface, permettant ainsi leur germination.

Les zones infestées

            L'ambroisie est particulièrement bien implantée dans la région Rhône-Alpes. Elle a principalement envahi les plaines et collines de basses altitudes, mais il n'est pas rare de la trouver à plus de 800 mètres d'altitude. Elle est présente depuis plusieurs années dans tous les départements de la région, jusqu'en Savoie.

 

            L'ambroisie est aussi présente dans d'autres régions françaises depuis de nombreuses années. Toutefois, elle ne semble pas y conquérir de vastes espaces comme elle le fait en Rhône-Alpes.

 

            Les observations ou les signalements récents révèlent néanmoins sa présence dans de nouvelles régions, parfois avec des stations importantes, parfois avec de simples pieds isolés.

           

                L'augmentation des présences isolées, dans des régions non envahies par l'ambroisie, s'explique souvent par l'apport de graines via certains mélanges de graines pour oiseaux contenant du tournesol.

 

Les milieux favorables à l’ambroisie :

           

            L'ambroisie est une plante colonisatrice qui se développe sur tous les terrains où elle ne rencontre pas de concurrence trop vive. Tous les milieux perturbés par l'homme, soit pour des raisons d'aménagement, soit pour des raisons agricoles, sont favorables à sa germination et son développement.

Le milieu agricole : du fait des travaux superficiels du sol nécessité par les techniques culturales, le milieu agricole constitue un terrain de prédilection pour l'ambroisie et lui offre de très vastes surfaces.

           

De plus, l'ambroisie est souvent cachée au sein des cultures, ce qui peut inciter à relacher la vigilance. C'est seulement après la récolte que l'on constate l'étendue de l'invasion dans les céréales notamment.

           

            Le fait que les pieds soient sectionnés par les barres de coupes des moissonneuses ne fait qu'augmenter les dégâts : les pieds d'ambroisie produisent de nombreuses tiges secondaires capables de fleurir au mois d'août.

           

                Enfin, dans certaines cultures, le désherbage chimique pratiqué habituellement est inefficace contre l'ambroisie. C'est en particulier le cas du tournesol qui appartient à la même famille botanique que l'ambroisie (Composées).

 

Les terrains en friche : Les terrains incultes, qui bordent souvent les zones commerciales, sont propices à l'installation de l'ambroisie tant que le couvert végétal reste clairsemé.

 

            Souvent constitués de terre rapportée, susceptible de contenir des graines d'ambroisie, ou ayant été travaillés pour en aménager la surface, ils se couvrent rapidement de très nombreux plants d'ambroisie.

 

            Les déblais sauvages constituent également des réserves de graines qui ne feront que s'enrichir, même si la densité des pieds d'ambroisie reste faible.

Les chantiers de travaux publics et de construction :

 

            Les chantiers de travaux publics et de construction génèrent de nombreux mouvements de terre, apports ou déplacements, des aplanissements qui dénudent le sol. De nombreuses zones libres restent ainsi disponibles à l'ambroisie, souvent pendant plusieurs mois, en attendant que les finitions du chantier puissent être réalisées.

 

Comme pour tous les chantiers, les constructions de maisons individuelles, en lotissements ou isolées, génèrent de nombreux mouvements de terre. Il faut encourager l'aménagement rapide des jardins pour éviter le développement de l'ambroisie.

 

Allergies de fin d’été ? Première responsable, l’ambroisie !

 

            Le pollen de l'ambroisie provoque chez de nombreuses personnes des réactions allergiques : 6 à 12 % de la population est sensible à l'ambroisie. Il suffit de 5 grains de pollen par mètre cube d'air pour que les symptômes apparaissent.

Les symptômes : Les plus courants sont de même nature que le rhume des foins. Ils prennent plusieurs formes :

 

RHINITE : nez qui pique, coule, éternuements

 

CONJONCTIVITE : les yeux sont rouges, gonflés, larmoyants et ils grattent

 

TRACHÉITE : toux sèche

 

ASTHME : difficulté à respirer, parfois très grave chez les personnes sensibles

 

URTICAIRE, ECZEMA : atteintes cutanées (rougeurs, boutons, démangeaisons)

 

Les symptômes sont d'autant plus prononcés que le taux de pollen dans l'air est élevé.

Dates d’apparition :

 

                Alors que les classiques rhumes des foins apparaissent en mai-juin, les allergies provoquées par le pollen d'ambroisie sont beaucoup plus tardives : elles commencent en général vers la mi août et peuvent se prolonger jusqu'en octobre, avec un maximum d'intensité en septembre.

            A cette période, l'ambroisie est la principale cause d'allergies. Le diagnostic est donc assez facile à poser dans les régions où la plante est présente, ainsi que dans les zones où le vent est capable d'apporter du pollen.

 

Un pollen sous haute surveillance :          

 

Les allergies provoquées par le pollen d'ambroisie étant directement proportionnelles, en fréquence et en gravité, à la concentration des grains de pollen dans l'air, la région Rhône-Alpes fait l'objet d'une surveillance constante dont les résultats sont mis à la disposition du public.

Des capteurs de pollen sont implantés dans plusieurs sites de la région Rhône-Alpes. Ils simulent la respiration humaine en pompant des volumes d'air (10 l/minute).

Les particules biologiques aspirées sont récupérées sur une bande adhésive et comptées. Les pollens sont identifiés au microscope.

Les résultats sont communiqués sous forme de bulletins allergopolliniques diffusés sur internet.

             

            Un avertissement sur le niveau de risque dans la zone de chaque capteur est disponible sur ce site : www.ambroisie.info

 

Le Réseau National de Surveillance Aérobiologique RNSA :

 

            L'objet de cette association est l'étude du contenu de l'air en particules biologiques pouvant provoquer des allergies dans la population. Le RNSA travaille en convention avec les Ministères de la Santé et de l'Environnement.

 

            Il recueille chaque jour les données polliniques et les données cliniques associées, établit des bulletins allergopolliniques et les diffuse sur internet. 

 

            Le site Internet de la communauté urbaine de Lyon diffuse les résultats de la surveillance pollinique et le niveau de risque d'allergie, mise à jour trois fois par semaine.

 

Prévenir vaut mieux que guérir !

 

            Pour éliminer les allergies dues à l'ambroisie, il faut arriver à réduire les émissions de pollen, à faire baisser la population d'ambroisie et épuiser le stock de graine.
La connaissance des exigences écologiques de l'ambroisie permet de comprendre facilement qu'il est plus facile et plus économique d'empêcher son installation que de la faire disparaître après qu'elle ait poussé.

 

D’abord, éviter de la propager :

 

            Pour ne pas infester les terrains encore vierges, il faut accorder la plus grande attention aux transports de terre :

  • Ne pas accepter de recevoir de la terre dont on ignore la provenance.
  • Ne pas déposer n’importe où (sur terrain sain ou sur zones de chantier dont le sol doit rester longtemps nu) de la terre ou des déblais provenant de parcelles infestées.

 

Ne pas laisser les terrains nus ou en friches :

 

            L'ambroisie ayant besoin de lumière pour germer et redoutant la concurrence, il convient de mettre en oeuvre toutes les techniques qui peuvent s'opposer à son développement :

 

  • ·         Eviter autant que faire se peut de retourner ou gratter une terre que l’on sait infestée.
  • ·         Réinstaller le plus vite possible un couvert végétal : aménagement paysager, végétalisation, pelouse,
  • ·         Protéger le sol par des matériaux bloquant la végétation : géotextiles, paillis de copeaux de bois, broyats de palettes, pierre concassée…
  • ·         Favoriser la croissance des végétaux en place pour faire concurrence à l’ambroisie (graminées, luzerne,…)

 

Supprimer l’ambroisie par des interventions rapides :

 

            Si l'ambroisie est observée sur un terrain, il faut organiser une intervention rapide visant à la supprimer. L'intervention doit être adaptée au stade de développement de la plante et à l'envergure de l'infestation ou la surface touchée ainsi qu'au milieu (espace) concerné.

 

Premier objectif : empêcher la floraison :

 

            Pour cela il faut supprimer les fleurs mâles pour empêcher d'abord l'émission de pollen, ensuite la production de graines.

            L'arrachage est le geste le plus simple et le plus radical mais ne peut pas être appliqué sur de grandes surfaces.

            L'utilisation des outils mécaniques (fauchage, broyage, tonte rase, ...) reste nécessaire dans beaucoup de cas.

            En milieu agricole on est souvent obligé d'avoir recours à la lutte chimique.

 

En milieux agricoles, l’ambroisie est souvent cachée :

 

            Ainsi, dans le blé, on ne se rend souvent compte de sa présence qu'après la moisson.

            La barre de coupe, réglée à une hauteur précise pour le blé, ne la détruit pas. Elle ne fait que la réduire en hauteur mais ses ramifications demeurent nombreuses.

 

            Beaucoup d'herbicides sont efficaces contre l'ambroisie, mais la sensibilité de la culture peut poser problème. Ainsi, la culture du tournesol présente le cas le plus difficile.

 

            Le tournesol est une espèce appartenant à la même famille botanique que l'ambroisie, ce qui rend difficile la mise au point de solutions herbicides à la fois efficaces contre l'ambroisie et sélectives du tournesol.

 

            Les solutions proposées aujourd'hui demeurent coûteuses (il faut parfois combiner plusieurs types d’interventions : mécanique, chimique et culturale - faux semis par exemple) et peuvent se montrer insuffisantes en cas de fortes infestations et/ou de conditions d'application non optimales.

 

            Les techniques mécaniques et culturales : broyage et fauchage, binage, désherbage et faux semis, peuvent être efficaces, mais l'application est parfois délicate et surtout occasionne un surcroît de travail.